Le géant de l’e-commerce est devenu un acteur majeur et controversé du secteur de la défense et de la sécurité, grâce à sa filiale d’hébergement de données ou ses visiophones connectés.

Par Alexandre Piquard Publié aujourd’hui à 11h52

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John Edwards, un responsable de la CIA, intervient lors d’un sommet organisé par la filiale d’Amazon AWS, en juin 2017.
John Edwards, un responsable de la CIA, intervient lors d’un sommet organisé par la filiale d’Amazon AWS, en juin 2017. You Tube/Amazon

Cette expérience a été, pour nous, rien de moins qu’une transformation. » Sur scène, devant 10 000 personnes conviées à un événement organisé par Amazon pour ses clients appartenant au secteur public, à Washington, en juin 2018, Sean Roche ne tarit pas d’éloges sur les bienfaits des services d’hébergement de données en ligne (le cloud ou l’informatique dématérialisée) de la firme américaine. Sauf que M. Roche n’est pas un client comme un autre. C’est le responsable adjoint de l’innovation à la CIA.

A l’écouter, la célèbre agence de renseignement et seize autres officines américaines maniant des informations confidentielles ont eu raison de signer, en 2013, un contrat avec Amazon Web Services (AWS), filiale spécialisée dans le stockage de données et les services accessibles sur Internet. Finie la « cacophonie » de la mise à jour de centaines de serveurs installés dans les locaux ; fini le processus d’autorisation qui « brisait les âmes » des employés en les obligeant à patienter des mois avant de tester un logiciel… Bienvenue aux « petites équipes de trois personnes », qui codent « sur le terrain » des applications réutilisables rapidement par les agents de la CIA dans le monde entier… Autant de louanges que le collègue de M. Roche, John Edwards, avait déjà chantées un an plus tôt, lors de l’édition précédente de cet événement, en juin 2017. Quant à la sécurité de ces données top secret, M. Roche affiche la plus grande sérénité : « Le cloud, même dans son plus mauvais jour, est davantage sécurisé qu’une solution avec des serveurs internes. »

Qu’elle semble loin la librairie en ligne, ouverte en 1995…

« Pour le grand public, Amazon est une société d’e-commerce. Mais il faut la regarder autrement : le groupeest devenu un acteur important du secteur de la défense », explique le consultant indépendant Stephen E. Arnold.

Selon cet ancien du cabinet de conseil Booz Allen Hamilton, AWS veut supplanter les prestataires traditionnels de la défense, comme le fabricant IBM. Cette ascension suscite d’autant plus de critiques que son PDG, Jeff Bezos, assume de collaborer avec des forces de sécurité : Amazon vend indirectement des prestations aux services de l’immigration de l’administration du président Donald Trump, ses logiciels de reconnaissance faciale ont été testés par deux unités de forces de l’ordre américaines, et sa filiale Ring, qui produit des visiophones connectés, a noué des partenariats avec plus de 500 services de police américains.

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