Chronique

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Philippe Escande

Le groupe pharmaceutique américain a demandé à être placé sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites dans le cadre d’un accord à l’amiable. Une tentative pour éteindre l’incendie lié à la crise des opiacés aux Etats-Unis, note Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».

Publié hier à 10h46 Temps de Lecture 2 min.

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Le siège de Purdue Pharma, à Stamford, dans le Connecticut (nord-est des Etats-Unis), en avril.
Le siège de Purdue Pharma, à Stamford, dans le Connecticut (nord-est des Etats-Unis), en avril. Drew Angerer / AFP

Pertes et profits. Quand Raymond et Mortimer Sackler ont acheté Purdue, en 1952, la société n’était qu’un petit pharmacien de New York, producteur de laxatifs et de produits de nettoyage des oreilles. Les deux frères et leurs successeurs ont développé l’affaire, ­jusqu’à en faire, dans les années 1990, un spécialiste du traitement de la douleur. Presque soixante-dix ans plus tard, la rentabilité de l’entreprise a fait la fortune des descendants Sackler et la honte de l’Amérique. Deux chiffres la résument : 400 000 morts et 13 milliards de dollars de fortune (11,7 milliards d’euros). Son médicament vedette, l’OxyContin, commercialisé à partir de 1996, est à l’origine, avec d’autres concurrents, de la plus grave crise sanitaire aux Etats-Unis depuis l’après-guerre.

Les dérivés d’opium (codéine, morphine), qui constituent son principe actif, sont certes très efficaces pour soulager la douleur, mais leur pouvoir d’addiction est considérable et le risque de surdose, mortel. Entre 1999 et 2017, près de 400 000 personnes sont mortes sur le territoire américain. La vente de ce médicament, dont la prescription aurait dû être sévèrement contrôlée, a été au contraire encouragée par des centaines de visiteurs médicaux qui ont envahi les cabinets des praticiens pour les persuader de prescrire plus de cette pilule miracle. Son système de bonus était l’un des plus généreux de l’industrie.

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Aujourd’hui, face à une crise qui à elle seule a réussi à faire chuter l’espérance de vie aux Etats-Unis, la quasi-totalité des Etats du pays a lancé des poursuites pour réclamer des dédommagements au nom du million de familles touchées par ce fléau. Au total, 2 600 plaintes ont été enregistrées. Pour tenter d’éteindre l’incendie, la société a demandé, dimanche 15 septembre, à être placée sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites. Et elle propose une résolution globale spectaculaire : la nationalisation de Purdue.

Nationalisation des pertes

Il s’agirait de confier la gestion de l’entreprise et l’ensemble de ses gains futurs à un trust représentant les Etats, l’ensemble des bénéfices leur étant reversés pour financer l’aide aux victimes et la recherche sur la lutte contre l’addiction. La transaction est évaluée à dix milliards de dollars et la famille Sackler a promis d’y ajouter trois milliards. Vingt-neuf Etats et territoires ont accepté la transaction, mais 26 autres s’y opposent formellement, dont celui de New York.

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