Tribune

Laurent Vercoustre

Gynécologue-obstétricien

Pour l’ancien praticien hospitalier et spécialiste des politiques médicales, les mesures annoncées par la ministre de la santé, qui s’appuient sur la médecine ambulatoire, permettront de remettre au premier plan la médecine de ville.

Publié aujourd’hui à 06h30 Temps de Lecture 6 min.

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Bravo, madame Buzyn ! Les douze mesures que la ministre des solidarités et de la santé a annoncées, le 9 septembre vont dans le bon sens. Retenons ici les trois principales : la mise en place d’un service distant d’accès aux soins (SAS) accessible 24 heures sur 24 par téléphone ou par Internet ; le renforcement de consultations sans rendez-vous en cabinet, maisons médicales et centres de santé ; le fait de donner à la médecine de ville les mêmes outils de prise en charge que les urgences. Ce qui implique un transport, organisé par les services du SAMU, des patients de leur domicile au cabinet de consultation. Bref, l’essentiel de la stratégie d’Agnès Buzyn s’appuie sur la médecine ambulatoire et c’est ce qu’il fallait faire.

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Observons en effet la situation avec recul. Il ne faut pas s’y tromper, la tempête qui déferle sur les urgences hospitalières a le sens d’une crise. Or, on dit traditionnellement qu’il y a crise quand le vieux monde tarde à mourir et que le nouveau tarde à naître. La crise des urgences représente le point de fixation d’une maladie qui affecte l’ensemble de notre système de santé. Cette maladie c’est l’hospitalocentrisme, dont on peut dater la naissance aux ordonnances Debré en 1958 [du nom du professeur Robert Debré, initiateur de la réforme portant création des centres hospitaliers universitaires). Le vieux monde, c’est ce système hospitalocentré. Le nouveau, c’est un système centré sur la médecine ambulatoire. Nous sommes au milieu du gué, nous souffrons.

Une nouveauté à inventer

Madame Buzyn est trop perspicace pour céder à la pression des syndicats hospitaliers qui souhaitent restaurer l’état antérieur en augmentant les effectifs des urgences. La crise, par essence, pousse vers une nouveauté qu’il faut inventer, car le retour à l’état antérieur signifie la mort du système.

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Regardons les faits tels qu’ils sont : l’immense majorité des patients arrivent aux urgences par leurs propres moyens. Seuls 1 % d’entre eux sont amenés par les structures mobiles d’urgence et de réanimation (SMUR). La plupart des patients se rendent aux urgences dans la journée ou en début de soirée, jusqu’à 20 heures. Seul un quart des passages ont lieu entre 20 heures et 8 heures, horaires auxquels sont fermés la plupart des cabinets médicaux. Un patient sur cinq sera hospitalisé. La très sérieuse enquête nationale de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publiée en 2014 montrait que plus de la moitié de ces urgences (53 %) auraient pu être prises en charge au cabinet du généraliste ou du spécialiste.

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