Chronique

auteur

Pierre-Cyrille Hautcoeur

Directeur d’études à l’EHESS

Dans sa chronique au « Monde », l’économiste Pierre-Cyrille Hautcœur rappelle que, de 1806 à 1814, l’économie britannique, privée de commerce avec le reste de l’Europe, a réagi avec une étonnante souplesse.

Publié hier à 06h30 Temps de Lecture 3 min.

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Chronique. Le Brexit est soutenu par le désir d’une partie des Anglais de renouer avec le « grand large », cette relation avec le reste du monde qu’ils perçoivent parfois comme contradictoire avec celle qui les lie à l’Europe. D’où vient cette perception qui, vue du continent, peut sembler absurde ? Sans doute du Blocus continental, moment unique où les échanges économiques avec le reste du monde se substituèrent vraiment à ceux du continent.

Après Trafalgar (21 octobre 1805) et Austerlitz (2 décembre 1805), l’Europe est clairement partagée entre l’empire terrestre français et l’empire maritime anglais. L’Angleterre annonce le blocus des ports de la façade atlantique, et Napoléon riposte par les décrets de Berlin (21 novembre 1806) et Milan (17 décembre 1807), qui créent le Blocus continental. Les obstacles aux échanges qui s’accumulaient depuis la rupture de la paix d’Amiens sont ainsi systématisés. Beaucoup pensaient que l’Angleterre ne s’en relèverait pas, tant elle dépendait de l’Europe pour son approvisionnement alimentaire, en bois, en minerai de fer, mais aussi pour les débouchés d’une partie de son industrie, textile notamment.

Or l’économie britannique réagit avec une souplesse étonnante. La production agricole augmente fortement, stimulée par la hausse des prix alimentaires, et les importations en provenance d’outre-mer explosent : elles doublent avant 1815 depuis le Proche-Orient ou le Canada (qui remplace la Baltique pour le bois), triplent depuis les Antilles, augmentent de moitié depuis l’Asie. De fait, dans nombre de pays neufs, l’augmentation de la production n’accroît pratiquement pas les coûts, et les capitaux britanniques financent les échanges.

« La guerre justifie la répression et impose l’unité nationale »

L’industrie anglaise n’est pas non plus ruinée par la chute des débouchés européens. Les exportations britanniques vers le continent ne baissent que brièvement, car l’Empire ne parvient pas à éliminer la contrebande et vend même des licences, dès 1809, pour limiter les effets du Blocus. En outre, l’industrie anglaise prend à la France et à l’Espagne les marchés latino-américains, russe et ottoman, et développe ses exportations vers l’Asie. Certes, la vie chère suscite la protestation du peuple britannique, chez qui l’expérience révolutionnaire française provoque depuis quelques années l’effervescence. Mais la guerre justifie la répression et impose l’unité nationale. L’expansion monétaire facilite d’ailleurs les reconversions, et ce n’est qu’après Waterloo que les corn laws et la stabilisation monétaire aggraveront pauvreté et inégalités.

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