Concurrence, taxe GAFA : « Pour les grandes plates-formes Internet, le temps des explications approche »

Chronique

auteur

Philippe Escande

Editorialiste économique au « Monde »

Google, Facebook et Amazon se trouvent de plus en plus dans le collimateur des autorités. Preuve que le politique tend à s’immiscer de manière croissante dans l’univers des géants du numérique, note Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde », dans sa chronique.

Publié hier à 10h40, mis à jour hier à 11h21 Temps de Lecture 2 min.

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La commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, à Bruxelles, le 18 juillet.
La commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, à Bruxelles, le 18 juillet. FRANCOIS WALSCHAERTS / AFP

Pertes & profits. Il en est des stars de la Silicon Valley comme de leurs consœurs d’Hollywood. Elles ont tout – la puissance, la gloire, le glamour –, mais cela ne leur suffit pas. Elles voudraient qu’on les aime pour elles-mêmes. Mais avec le succès vient la solitude. Google est la plus célèbre des vedettes de l’Internet (ses fans se comptent par milliards), mais, en ce moment, on lui en veut. On la pille, on la rackette, on la rançonne.

Mardi 27 août, Anthony Levandowski, ex-brillant ingénieur de la firme de Mountain View (Californie), a été inculpé par la justice américaine pour avoir volé les secrets de la voiture autonome de Google. Il était l’un des fondateurs de cette activité prometteuse. Il est parti avec les plans chez l’ennemi Uber et encourt dix ans de prison. Saine concurrence ou vol pur et simple ? La bataille judiciaire commence.

Puis il y a le président Macron, qui a obtenu ce week-end à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) l’indulgence des pays du G7 pour appliquer sa taxe GAFA, laquelle vise en priorité Google et Facebook. Assise sur le chiffre d’affaires et non les bénéfices, elle entend compenser l’inadaptation de la fiscalité des entreprises aux champions du numérique, qui savent si bien dissocier présence économique et présence physique. « Nous ne devrions pas soutenir un compromis donnant le feu vert à des taxes discriminatoires à l’encontre des entreprises de technologie américaines au prix d’une vague promesse d’un éventuel remboursement partiel des années plus tard », s’est insurgé Ed Black, le président de la Computer & Communications Industry Association, au nom du secteur.

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Un enjeu capital pour l’avenir de l’Europe

Comme si cela ne suffisait pas, la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, a annoncé mardi que ses services venaient de lancer une enquête concernant le service Google for Jobs, accusé de concurrence déloyale sur le marché de la recherche d’emploi. Une menace qui, là non plus, ne doit pas être prise à la légère. Bruxelles a déjà infligé plus de huit milliards d’euros d’amende à Google en seulement deux ans, sur trois affaires différentes. La dernière, très similaire, portait sur l’application de shopping permettant de comparer les prix d’un produit vendu sur le Net.

Comme Emmanuel Macron, Margrethe Vestager, qui compare Google et Facebook à de gigantesques robots aspirateurs de données, en fait une affaire politique qui dépasse largement la plainte de concurrents. « Est-il juste que des entreprises comme Google et d’autres aient un tel contrôle sur le succès ou l’échec des autres compagnies et puissent utiliser ce pouvoir comme bon leur semble ? », s’interroge la commissaire danoise, qui évoque un enjeu capital pour l’avenir de l’Europe.

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