Le modèle du pétrole de schiste américain suscite des interrogations

La fracturation hydraulique nécessite des dépenses importantes, mais la rentabilité tarde à venir. Les investisseurs s’impatientent.

Par Nabil Wakim Publié hier à 09h08

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A Midland (Texas), dans le Bassin permien, en février.
A Midland (Texas), dans le Bassin permien, en février. Nick Oxford / REUTERS

C’est l’un des mouvements les plus spectaculaires de la turbulente histoire du pétrole, et l’un des atouts majeurs de Donald Trump sur le plan géopolitique : l’essor du pétrole de schiste aux Etats-Unis au cours des dernières années a fait passer les Américains au rang de premiers producteurs mondiaux d’or noir, devant les Russes et les Saoudiens. En 2018, le pays a franchi la barre des douze millions de barils par jour. Cette croissance exponentielle est essentiellement due à l’extraction de pétrole de schiste, obtenue par une technique de fracturation de la roche (la fracturation hydraulique) différente de celle utilisée pour le pétrole conventionnel.

Le cœur de cette révolution énergétique se situe dans l’ouest du Texas, au niveau du Bassin permien, une zone qui produit désormais plus de 4,2 millions de barils de pétrole chaque jour, soit presque autant que l’Irak. En deux ans, la production y a crû de 72  %. « C’est comme si on avait ajouté un nouveau pays pétrolier sur la carte du monde ! », s’enthousiasmait récemment un patron français du secteur.

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Selon les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le pétrole de schiste va continuer à croître de manière significative ces deux prochaines années. Les prospectivistes de l’AIE envisagent même que la production américaine totale dépasse 17 millions de barils par jour en 2025. Un niveau jamais atteint.

Cependant, depuis plusieurs semaines, des interrogations se font jour sur la viabilité de ce modèle. Certaines contraintes sont ponctuelles, notamment sur les infrastructures : la production est tellement importante que les oléoducs ne sont pas suffisamment nombreux, ce qui limite les capacités d’exportation et ralentit l’investissement.

« Bases fragiles »

Surtout, la nature même du modèle du pétrole de schiste commence à susciter quelques doutes chez les investisseurs. « Dans le pétrole conventionnel, on creuse un puits et on l’exploite avec un bon rendement pendant des années. Mais, dans le pétrole de schiste, on a une courbe descendante très rapide : on produit beaucoup les premiers mois, puis la production descend très vite », explique un pétrolier français installé au Texas. Autrement dit : pour maintenir la production, ou l’augmenter, il faut investir encore et toujours pour forer de nouveaux puits, ce qui est particulièrement onéreux. Sans parler de l’impact environnemental du procédé, qui nécessite beaucoup d’eau et peut provoquer des séismes.

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