Nations unies : le pari européen au Conseil de sécurité

Dans un ordre international disloqué, l’Europe peut faire entendre une voix singulière, analyse Marie Bourreau, correspondante du « Monde » aux Nations unies.

Par Marie Bourreau Publié hier à 02h36, mis à jour hier à 06h37

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Réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations unies à New York, le 29 mars.
Réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations unies à New York, le 29 mars. JOHANNES EISELE / AFP

Analyse. C’est une photo de famille désormais ordinaire. Qu’il s’agisse de la crise au Venezuela, du conflit israélo-palestinien, de l’Ukraine ou de l’Iran, les membres européens du Conseil de sécurité montent au créneau pour faire entendre leur voix et affirmer leurs différences.

Les ambassadeurs, les uns à côté des autres, lisent une déclaration négociée entre les représentants de la France, du Royaume-Uni et les membres non permanents : l’Allemagne, la Pologne et la Belgique. Les cinq ne perdent plus une occasion de montrer qu’ils s’émancipent des trois grands acteurs stratégiques actuels que sont les Etats-Unis, la Chine et la Russie.

Cette mutualisation des forces européennes répond à une réalité sous-jacente que le représentant français à l’ONU, François Delattre, définit comme « le grand retour de la géopolitique ». La montée en puissance spectaculaire de la Chine en miroir de la bascule américaine vers un retrait des affaires du monde offre l’occasion aux Européens de jouer un rôle de médiateur et de défenseur d’un multilatéralisme menacé par les tentations nationalistes et populistes. A condition de savoir rester unis et de résister aux pièges des divisions tendus par Washington, Moscou ou Pékin.

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Cela ne va pas aller sans mal. La petite musique des dissensions s’est fait entendre plusieurs fois, notamment lors de l’adoption du pacte mondial pour une migration sûre, régulière et ordonnée en décembre 2018 : cela a conduit à l’éclatement, en Belgique, de la coalition entre les libéraux de Charles Michel et les régionalistes flamands de la N-VA et a fait voler en éclats le peu de solidarité qui subsistait parmi les Vingt-Huit sur ce sujet.

Au sein du Conseil de sécurité, les Européens vont devoir aussi cultiver leur relation avec les Etats africains – Guinée équatoriale, Afrique du Sud et Côte d’Ivoire –, qui affirment de plus en plus leur indépendance vis-à-vis de leurs anciennes colonies et n’hésitent plus à s’aligner sur Moscou et Pékin pour ce qui est de Malabo et de Pretoria.

Cinq membres européens présents au Conseil de sécurité

Les Européens vont devoir répondre à un double défi : continuer à exister sans les Etats-Unis, depuis qu’ils ont compris que Donald Trump n’était pas qu’un « accident de l’histoire », mais avec les Chinois, sans naïveté face à ce multilatéralisme à géométrie variable pour les droits de l’homme et les relations commerciales (les « nouvelles routes de la soie ») que revendique Pékin. « Face au désengagement américain, au manque de gouvernance mondiale adaptée au nouveau cadre multipolaire, et à la disparition d’un concert des nations capable de trouver des convergences minimales entre les acteurs-clés, le rôle que doit jouer l’Europe est encore plus fort », insiste un haut responsable.

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